Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /2009 11:46



Au centre, "Bébert", que j'avais photographié lors du mouvement de grève des facteurs de Brive...

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Il est des événements que l'on aimerait jamais couvrir...
Hier, en fin d'après-midi, j'ai reçu un coup de téléphone bouleversé et bouleversant : "Olivier, viens à la Poste de Brive, un facteur vient de mourir".
Sur place, les pompiers sont là, les policiers ont bouclé le secteur. Les facteurs en grève sont là, KO. Beaucoup laissent couler des larmes et parlent de leur pote "Bébert", Albert Perpinan, 52 ans, facteur de la tournée Rivet - Cana - Beauregard - Teinchurier, qui vient de mourir d'une crise cardiaque sous leurs yeux après une ultime négociation avec la direction.




Un de ces collègues viendra me voir au cours de cette terrible soirée pour m'expliquer ceci en pleurant : "cet après-midi, lors des négociations, Bébert, qui ne parlait jamais, a pris la parole. Il a demandé à tout le monde de ne rien lacher, de se battre contre "facteur d'avenir", et ça aura été ses dernières paroles !".




A leur arrivée, le maire Philippe Nauche, son adjointe Patricia Bordas (qui a géré la mise en place d'une cellule psychologique) et le préfet Alain Zabulon feront les frais de la colère bien compréhensible des facteurs. Mais les échanges redeviendront vite courtois, chacun ayant conscience, malgré la douleur, que élus et représentants de l'Etat ont fait ce qu'ils pouvaient pour apaiser un conflit dur en mettant la pression sur une direction bornée.




Pour les grévistes, les responsables de la mort de leur collègue sont les dirigeants de la Poste qui ont refusé depuis le début que les facteurs reprennent le travail sur l'ancienne organisation, condition posée par les grévistes pour qu'une véritable négociation puisse s'ouvrir.
Hier soir, au regard des circonstances, le préfet a indiqué avoir eu au téléphone "un responsable national de la Poste" et a annoncé que "le projet de nouvelle organisation est suspendu".

Vers 19h40, le préfet s'est rendu auprès des grévistes pour les informer que la direction allait sortir de l'établissement et qu'il ne voulait aucun débordement. Réponse des grévistes : "il n'y aura pas de débordements, rassurez-vous ! On respecte les gens nous ! On n'est pas comme ces gens là ! Et dites leur bien que là ils partent, mais ils reviennent pas ! Il est hors de question qu'on renégocie avec ces gens là !"








19h45, sortie de la direction de la Poste. L'émotion était palpable. Les facteurs se sont alignés sur le trottoir et sont restés silencieux. Aucun débordement à déplorer. Oui, comme ils l'ont dit, les facteurs respectent les gens. Ils ont tenu parole malgré la colère et la douleur. Chapeau bas.




Vers 20h, une gerbe a été déposée sur la grille de la Poste. "A notre ami Bébert". Silence impressionnant. Beaucoup de larmes. "L'heure n'est pas à une nouvelle négociation. On veut d'abord enterrer notre collègue dignement".
Ce matin, un hommage a été rendu sur place à "Bébert" en présence de facteurs de tout le département.  



Vous pouvez me contacter à l'adresse olivier@olivier-s.net


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